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© Clémence Losfeld

Entreprise Santé

Auffargis

Aurore Claude-Taupin

« Le métier de chercheur n'est pas seulement un métier d'homme, c'est aussi un métier de femme ! »

Publié le :

Lauréate du Prix Jeunes Talents L'Oréal-UNESCO pour les femmes et la science 2023 qui récompense chaque année 35 jeunes chercheuses, doctorantes ou post-doctorantes pour leur engagement professionnel et leurs recherches, Aurore Claude-Taupin l'affirme haut et fort : « Le métier de chercheur n'est pas seulement un métier d'homme, c'est aussi un métier de femme ! ».

Native de Haute-Saône, Aurore est arrivée en 2020 à Poigny-la-Forêt et vit depuis le début de l'année avec son mari et ses deux jeunes enfants à Auffargis. Après un parcours atypique, la jeune chercheuse de 33 ans a été récompensée par le prix de la fondation l'Oréal pour ses recherches en cancérologie et ses actions en faveur d'une meilleure intégration des femmes dans le domaine de la recherche scientifique.

Quel a été votre parcours ?

Petite, je rêvais d'être « maîtresse coiffeuse », je voulais enseigner aux filles désireuses de devenir coiffeuses. J'avais cette envie de transmettre. J'étais une excellente élève en sciences et vie de la terre et en anglais, moins en maths, surtout à partir du lycée. J'ai donc intégré un bac technologique en sciences et techniques de la laboratoire puis un BTS biotechnologies. Lors de mes stages, j'ai rencontré un chercheur qui avait fait le même BTS que moi, au même lycée. Il m'a montré qu'avec une formation de technicien, il était possible de poursuivre ses études pour devenir chercheur. J'ai alors intégré une licence de biologie, directement en troisième année.

J'ai soutenu ma thèse à Besançon en janvier 2017. Mon sujet de recherche concernait le rôle de l'autophagie dans les cancers du sein. L'autophagie (l'auto-digestion des cellules) est un processus biologique qui permet à nos cellules de se maintenir naturellement en bonne santé. C'est un mécanisme passionnant, encore peu connu. Un prix Nobel a été décerné en 2016 à Yoshinori Ohsumi, qui a consacré ses recherches à ce domaine. C'est un sujet en plein essor. Et il semblerait que ce mécanisme s'enraie parfois, les cellules cancéreuses essayant d'utiliser l'autophagie pour produire de l'énergie et survivre jusqu'à faire des métastases notamment.

Une semaine après ma thèse, je partais pour Albuquerque aux États-Unis où j'ai effectué mon premier post-doctorat de 4 ans. J'y ai étudié le rôle protecteur de l'autophagie. Je suis rentrée en France en mai 2020 pour intégrer un deuxième post-doctorat à l'Institut Necker-Enfants Malades (INEM) à Paris avec un sujet portant sur le potentiel de l'autophagie dans le traitement du cancer. Après avoir obtenu mon concours en 2023, je suis à présent chargée de recherche INSERM à l'INEM.

 

Qu'est-ce qui est le plus difficile dans le monde de la recherche d'après vous ?

Le plus difficile pour moi, c'est de concilier vie personnelle et vie professionnelle. En tant que femme, c'est plus compliqué. Enceinte pendant ma thèse, j'ai dû travailler encore plus que les autres pour faire accepter le fait qu'il est possible d'avoir des enfants et de faire des études dans la recherche en même temps. Les critiques venaient des hommes mais aussi des femmes qui avaient dû faire des sacrifices pour mener à bien leur carrière.

C'est difficile pour les femmes dans de nombreux secteurs professionnels mais ça l'est d'autant plus dans la recherche parce qu'il faut toujours être à l'affût. C'est un domaine qui évolue très vite. Après un congé maternité on peut vite se retrouver dépassée. Et la concurrence entre les chercheurs est rude. Aujourd'hui, en France on compte seulement 28 % de femmes dans la recherche scientifique (33 % au niveau mondial). Il faut que les femmes puissent accéder à de hauts postes dans la recherche pour que cela change.

 

En quoi recevoir le Prix Jeunes Talents l'Oréal-UNESCO pour les femmes et la science est-il important pour vous ? Qu'est-ce que cela vous apporte ?

Ce prix est un prix prestigieux. En tant que post-doctorante, une dotation de 20 000 € m'a été attribuée pour m'aider à promouvoir ma carrière et accroitre le nombre de mes collaborations. Au-delà de cet aspect, avec les autres lauréates, nous avons bénéficie d'une semaine de formation pour apprendre à mieux négocier nos salaires, mieux gérer le syndrome de l'imposteur dont beaucoup d'entre ous souffrent, accepter le fait que nous sommes aussi à notre place, mieux réagir aux propos sexistes etc. Ce prix m'a permis de rencontrer d'autres femmes qui subissent les mêmes situations et de construire un réseau très riche avec les autres lauréates du monde entier.

L'obtention de ce prix a permis de mettre en lumière mes recherches, de partager mon parcours atypique et de montrer que tout est possible ! Mon BTS a finalement été un énorme atout en me permettant de découvrir très tôt le monde de la recherche.

Enfin, j'ai rencontré plus de 700 lycéennes et lycéens à la Cité des sciences et de l'industrie en octobre dernier et j'ai pu leur expliquer que le métier de chercheur est aussi un métier pour les femmes.

Les programmes nationaux et régionaux Jeunes Talents Pour les Femmes et la Science de la Fondation L'Oréal, en partenariat avec l'UNESCO, permettre de remettre chaque année près de 250 dotations dans plus de 110 pays.
Ces prix apportent aux Jeunes Talents un soutien spécifique à un moment charnière de leur carrière scientifique.

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